l’impensable »
Vernier, nuit du mardi 3 au mercredi 4 février 2026. Il est un peu plus de 22 heures lorsque la route de Vernier change de visage. Dans l’air froid, les gyrophares bleus se reflètent sur l’asphalte, les silhouettes casquées se détachent sous les projecteurs, et les radios crépitent à voix basse. Pas d’urgence réelle, mais un exercice de sécurité mené par le Service d’incendie et de secours de Genève (SIS), au plus près des citernes de Vernier, site industriel sensible du canton.
Pendant plusieurs heures, jusqu’au cœur de la nuit, les équipes répètent les gestes qui comptent. Arrivées coordonnées, déploiement du matériel, mise en place de périmètres de sécurité : chaque mouvement est chronométré, observé, corrigé. Le scénario, volontairement tenu discret, simule une situation à risques typique de ce type d’installation — fuite, départ de feu ou incident technique — afin d’éprouver les procédures et la coordination entre les services.
Sur le terrain, l’ambiance oscille entre concentration et calme maîtrisé. Les sapeurs-pompiers évoluent dans une lumière crue, découpant l’espace en zones bien délimitées. Ici, un chef d’intervention ajuste une consigne ; là, une équipe s’entraîne aux manœuvres spécialisées. L’objectif est clair : être prêt, sans improvisation, si le réel venait à frapper.
L’exercice n’est pas sans effet sur la ville. Les Transports publics genevois (TPG) ont enregistrés des perturbations sont sur les lignes 6, 19 et 23, aux abords de la route de Vernier, jusqu’aux environs de 4 heures du matin. Quelques bus déviés, des arrêts temporairement déplacés, une circulation ralentie — autant de conséquences assumées pour tester, grandeur nature, la gestion des flux et la sécurité des abords.
Ces entraînements nocturnes, menés lorsque la ville dort, font partie d’un travail de fond rarement visible. Sur des sites à enjeux industriels comme celui de Vernier, la préparation est essentielle : elle permet d’anticiper, de coordonner et de réduire les risques en cas d’événement réel.
Peu avant l’aube, les gyrophares s’éteignent un à un. La route retrouve son silence, les bus reprennent leurs itinéraires habituels. Derrière cette parenthèse nocturne, une certitude demeure : la sécurité se construit aussi dans l’ombre, à force d’exercices répétés et de gestes appris — pour que, le moment venu, tout soit déjà en place.
©photos Christian BONZON








